Le triathlon mondial a connu une nette évolution ces dernières années, avec une augmentation notable de la densité et du niveau des athlètes, rendant les courses de plus en plus spectaculaires.
« Mes temps en course à pied sont très similaires à ceux que je réalisais en 2019-2020, lorsque j’étais champion du monde. […] C’est juste que le niveau a augmenté […]. J’ai couru à 20 km/h à Yokohama (2024). Il y a 5-6 ans, ce rythme suffisait pour gagner certaines World Series. » Ce sont les mots prononcés par Vincent Luis quelques mois avant les JO de Paris 2024, révélateurs du niveau impressionnant du triathlon mondial.
Mais quels sont les facteurs qui ont permis cette évolution de la performance ? C’est ce qu’on vous explique dans cet édito !
Elle s'appuie sur l'ensemble des performances des triathlètes professionnel(le)s, enregistrées entre 2009 et 2024, sur les courses internationales suivantes : Championnats du monde, World Triathlon Championship Series (WTCS), Jeux du Commonwealth, Jeux Olympiques et Test Event.
→ L'étude complète est à retrouver sur ce lien.
Des performances en constante amélioration
Une évolution particulièrement marquée en course à pied
Comme l’explique Vincent Luis, champion du monde en 2019 et 2020, ses chronos en course à pied restent similaires à ceux de ses années de titre. Pourtant, le niveau global a augmenté, rendant ses performances moins dominantes.
Aujourd’hui, les leaders masculins du circuit (Alex Yee, Hayden Wilde…) sont capables de courir à près de 21 km/h sur triathlon olympique, un niveau impressionnant qui aurait été impensable il y a encore 10 ans.
Le graphique ci-dessous est d’ailleurs très parlant pour les temps sur la partie course à pied. Sur les courses WTCS, les temps sur 10 km sont passés de :
- 3’33/km en 2019 à 3’28/km en 2021, puis 3’23/km en 2023 chez les femmes
- 3’06/km en 2019 à 3’04/km en 2021, puis 2’59/km en 2023 chez les hommes
Comme l’a dit Vincent Luis, en 2019, courir à 3’00/km suffisait probablement pour remporter une WTCS. En 2023, cette allure permettait « seulement » de finir entre la 5ᵉ et la 9ᵉ place.
Évolution des temps masculins et féminins en natation, à vélo et en course à pied du top 5 à 9 sur les courses internationales
Des olympiades de plus en plus rapides
Interrogé sur l’évolution impressionnante de ces temps en course à pied, Alex Yee, champion du monde et olympique en titre, a, lui aussi, relevé ce niveau toujours plus impressionnant au fil des saisons.
Il a d’ailleurs souligné que la course à pied des JO de Londres 2012 était une référence historique, avec une victoire d’Alistair Brownlee chez les hommes après un 10 km couru en 29 min 7 sec.
Mais en 2023, ces temps exceptionnels ont commencé à devenir la norme avec plusieurs courses qui ont approché ce niveau. Les experts s’accordaient d’ailleurs sur des temps records aux JO de Paris 2024, avec la possibilité d’un 10 km en moins de 29 minutes chez les hommes et de 33 minutes chez les femmes.
Cependant, lors des JO de Paris 2024, les performances ont été affectées par des conditions difficiles. La chaleur et l’humidité ambiante n’ont pas permis aux hommes de réaliser des performances similaires au Test Event de 2023.
Chez les hommes, Alex Yee a couru en 29’49 en 2024 contre 29’00 en 2023, montrant l’impact des conditions climatiques.
Chez les femmes, parties plus tôt que les hommes et donc moins impactées par la chaleur, Cassandre Beaugrand s’est imposée en 32’42 aux Jeux, surpassant le temps de 32’57 de Beth Potter en 2023.
Quels facteurs expliquent ce gain de performance ?
Des innovations technologiques majeures
L’une des premières innovations technologiques expliquant ce gain de performance, c’est l’introduction des chaussures à plaque carbone en course à pied.
Avec notamment les Nike Vaporfly lancées en 2017, les chaussures carbone sont désormais incontournables aux pieds des triathlètes de tous niveaux.
Par un meilleur retour d’énergie et une réduction de la fatigue musculaire, elles ont permis aux athlètes de maintenir des allures plus rapides sur la durée. Depuis 2021, les allures en course à pied sur les épreuves WTCS sont historiquement élevées.
Toutefois, ce phénomène ne semble pas aussi marqué sur les manches de Coupe du Monde, ou les parcours sont plus exigeants ou pas toujours mesurés précisément.
Une partie cyclisme toujours plus rapide
La course à pied n’est pas la seule discipline dans laquelle les performances se sont nettement améliorées. Sur format olympique, les temps à vélo ont largement diminué ces six dernières années, notamment chez les hommes.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance, avec des améliorations technologiques majeures. Les vélos sont plus légers, plus aérodynamiques et dotés de meilleures transmissions, ce qui réduit les déperditions de watts et améliore la vitesse moyenne.
Les triathlètes sont également devenus de très bons cyclistes et le triathlon moderne ne se limite plus à être un excellent nageur / coureur. Désormais, un athlète doit aussi être performant sur le vélo, pour pouvoir rouler efficacement en peloton et espérer figurer parmi les meilleurs.
On constate aussi une prise de risques accrue en compétition. Vincent Luis a mentionné que certains athlètes n’hésitent plus à adopter une approche agressive sur le vélo, quitte à prendre des risques parfois inconsidérés. Cette stratégie, même si elle est risquée, permet de creuser des écarts décisifs avant la course à pied.
Enfin, l’organisation du peloton avec des prises de relais efficaces permet de maintenir des vitesses élevées, tout en économisant de l’énergie pour la partie course à pied.
Un travail important d'analyse en natation
Sur la partie natation, on constate également de meilleurs temps avec des équipements toujours plus performants (combinaisons, trifonctions…), ce qui permet d’améliorer la glisse et l’efficacité de nage.
Un travail majeur est aussi réalisé par le staff des athlètes avec une étude précise du parcours natation, ce qui permet aux triathlètes de choisir des trajectoires optimales en fonction du courant ou de la profondeur de l’eau.
Cet axe a d’ailleurs été un enjeu majeur de la partie natation aux Jeux Olympiques de Paris 2024. La Seine, par ses forts courants, à forcer les triathlètes à respecter une trajectoire précise pour avancer efficacement dans l’eau.
Quelques précautions à prendre pour l'analyse des performances
Il convient tout de même de prendre quelques précautions sur les résultats, même si la hausse du niveau générale est indéniable. En effet, les performances en triathlon sont influencées par plusieurs paramètres externes.
En natation, la distance réelle est toujours soumise à des variations selon la position des bouées. Les courants et les conditions météorologiques sont également susceptibles d’influencer les temps, de même que le port de la combinaison néoprène.
À vélo, les conditions climatiques et le profil du parcours sont à considérer lors de l’analyse, de même que la technicité du circuit. Les stratégies de course adoptées peuvent aussi influencer la performance globale.
Enfin, la course à pied est généralement moins sujette aux variations grâce aux parcours plats et standardisés en WTCS. Mais lors de certains manches de coupe du monde, la distance n’est pas toujours exacte et le profil du parcours peut évoluer.
Pour aller plus loin sur le sujet...
L’ensemble des données issues de l’étude nous ont permis de réaliser une série d’articles mensuels sur différents facteurs de performance sur les courses élites de triathlon.
Voici les sujets que nous avons abordés :
- Quelle proportion pour chaque discipline sur le temps total d’un triathlon ?
- Sexe et format de course : quel impact sur la vitesse de course en triathlon ?
- La combinaison néoprène, un réel avantage pour les triathlètes « mauvais » nageurs ?
- Quelle est la meilleure stratégie de course en triathlon ?
- Quel est l’impact des températures sur les performances en triathlon ?
- Comment les triathlètes professionel(le)s organisent leur saison ?
- Quel est l’âge propice pour performer au plus haut niveau international ?
- L’indice de masse corporelle chez les triathlètes, un indicateur pertinent ?


