En triathlon, il est facile de constater que les athlètes féminines sont moins rapides que les athlètes masculins. Même chose pour le format de l’épreuve, un même triathlète sera logiquement plus rapide sur format sprint que sur distance olympique.
Mais la véritable question, c’est de savoir à quel point le sexe et le format de course influencent la vitesse de course en triathlon ?
C’est ce que nous allons aborder dans cet édito ⬇️
Elle s'appuie sur l'ensemble des performances des triathlètes professionnel(le)s, enregistrées entre 2009 et 2024, sur les courses internationales suivantes : Championnats du monde, World Triathlon Championship Series (WTCS), Jeux du Commonwealth, Jeux Olympiques et Test Event.
→ L'étude complète est à retrouver sur ce lien.
Format Sprint vs. Olympique
Une différence de vitesse très faible en natation et à vélo...
Avec les 6 premiers graphiques ci-dessous, commençons par analyser l’écart de vitesse pour chaque discipline suivant le format de l’épreuve. Le temps de chaque sport est la moyenne de celui des 10 premiers du classement final du triathlon.
On constate d’abord que l’écart de vitesse entre la natation sur format sprint et sur distance olympique est très faible. Les triathlètes professionnels nagent seulement 1s/100m moins vite sur les 1500m d’un triathlon M par rapport aux 750m d’un triathlon S.
On peut expliquer ce faible écart par deux raisons :
- Les triathlètes professionnels sont d’excellents nageurs, capables de nager très longtemps et sans dégradation technique à une intensité autour du second seuil.
- Sur format M, les triathlètes qui excellent en natation partent très vite pour tenter d’éliminer les moins bons nageurs en creusant des écarts qui vont être difficiles à combler à vélo et en course à pied.
Sur la partie vélo, l’écart observé est aussi relativement faible avec moins de 1 km/h de différence entre un triathlon S et un triathlon M.
Attention cependant, car la vitesse ne permet pas réellement d’estimer le différentiel d’intensité. Dans un sport ou le drafting en peloton permet d’atteindre des vitesses très élevées sans forcément développer plus de puissance, l’effort produit par chaque athlète sera donc très différent.
On pourra donc très bien avoir un athlète qui va rouler 1 km/h plus vite, mais en ayant dépensé moins d’énergie, car il sera resté à l’abri dans les roues. Cependant, on peut tout de même affirmer que les athlètes qui dictent le tempo dépensent bien plus d’énergie sur un format sprint que sur un format olympique.
En effet, la relation puissance/vitesse est exponentielle et non linéaire, ce qui signifie que la puissance nécessaire pour passer de 41 à 42 km/h sera bien supérieure à celle pour passer de 29 à 30 km/h.
Il faudrait donc avoir accès à l’ensemble des données de puissance des athlètes sur format sprint et olympique pour analyser objectivement la différence d’intensité entre ces 2 formats de course.
... mais plus important en course à pied
En course à pied cependant, on observe un écart qui peut paraitre plus important entre les vitesses sur format sprint et sur distance olympique. Les triathlètes courent en moyenne 7 sec / km moins vite lorsque la distance est doublée.
Cette baisse de performance est logique du fait de la durée totale de l’épreuve. En effet, commencer la course à pied après environ 40 min d’effort est bien plus « facile » qu’après 1h20. La filière énergétique engagée est aussi différente puisqu’un triathlon S se court au-dessus du 2ᵉ seuil tandis qu’un triathlon M se court en dessous.
Cependant, ces performances restent exceptionnelles car la dégradation de performance est très similaire à celles des athlètes spécialisés en demi-fond. Si on prend les records du monde féminins et masculins du 5000m et du 10000m sur piste, on constate une baisse d’environ 6 sec / km :
- Chez les hommes : 2’31/km sur le 5000m contre 2’37/km sur le 10000m
- Chez les femmes : 2’48/km sur le 5000m contre 2’54/km sur le 10000m
Triathlètes masculins vs. féminines
Un écart qui s'accentue au fil de la course
Passons maintenant à l’analyse des écarts de performances entre les hommes et les femmes. Chez les professionnels, les graphiques ci-dessous nous montrent que la natation est le sport où la différence relative entre les femmes et les hommes est la plus faible.
En effet, cette discipline est très orientée vers la technique, en alliant coordination et efficacité. Puisqu’elle repose moins sur les capacités de force, les femmes sont donc moins pénalisées qu’à vélo ou en course à pied.
Également, le caractère porté de la natation permet de limiter l’impact de la masse grasse. On a donc un écart de 8 à 9% entre les hommes et les femmes sur la partie natation.
Sur le vélo, l’écart s’accentue avec un écart de performance autour de 10% entre les hommes et les femmes. Puisqu’il sollicite plus la force musculaire, le différentiel est donc plus important.
Mais c’est réellement en course à pied ou les capacités aérobies supérieures des hommes constituent un avantage comparé aux femmes. La VO2max relative (en mL/min/kg), qui met en jeu le poids de l’athlète, est un facteur de performance.
Pour une même masse musculaire, un triathlète masculin sera plus performant grâce à un plus faible taux de masse grasse qu’une triathlète féminine. Couplé à une force musculaire plus importante, c’est ce qui peut expliquer cet écart de 14% sur la partie course à pied.
Comparons les spécialistes masculins et féminines de chaque discipline
Ce différentiel de performances observé entre les triathlètes féminines et masculins est comparable aux spécialistes de chacune des disciplines.
En natation, si on compare les résultats du top 10 du 800m en eau libre et du 10km en haut libre sur les 2 derniers Jeux Olympiques, on constate un écart de 8% entre les hommes et les femmes.
En cyclisme, il parait plus judicieux d’étudier un contre-la-montre individuel qu’une course sur route qui implique une stratégie d’équipe et du drafting. Même si les championnats du monde organisés par l’UCI sont courus sur des distances différentes entre les hommes et les femmes, on peut étudier les championnats américains et européens ou la distance est la même.
La différence oscille entre 11 et 14% suivant les courses étudiées, ce qui reste plutôt en accord avec les 11% observés sur les triathlons.
Enfin, en course à pied, il peut exister des stratégies de course, car le classement a une importance plus grande que le temps. Cependant, on retrouve un écart autour de 11% si on compare les records du monde féminin et masculin en fond et demi-fond.
Cet écart est plus important chez les triathlètes et peut être expliqué par une musculature du haut du corps plus développé chez les triathlètes féminines. Pour des questions de performance en natation, elles affichent donc un poids plus important qu’une athlète de demi-fond.
La VO2max relative, mettant en jeu le poids de l’athlète, est donc à l’avantage de l’athlète de demi-fond, ce qui verra l’écart de performance homme/femme diminuer pour les athlètes spécialisés en course à pied.
Pour aller plus loin sur le sujet...
L’ensemble des données issues de l’étude nous ont permis de réaliser une série d’articles mensuels sur différents facteurs de performance sur les courses élites de triathlon.
Voici les sujets que nous avons abordés :
- Quelle proportion pour chaque discipline sur le temps total d’un triathlon ?
- La combinaison néoprène, un réel avantage pour les triathlètes « mauvais » nageurs ?
- Quelle est la stratégie de course qui démontre le plus de réussite ?
- Évolution du niveau en triathlon : performances en hausse et densité accrue de triathlètes
- Quel est l’impact des températures sur les performances en triathlon ?
- Comment les triathlètes professionel(le)s organisent leur saison ?
- Quel est l’âge propice pour performer au plus haut niveau international ?
- L’indice de masse corporelle chez les triathlètes, un indicateur pertinent ?


