L’indice de masse corporelle (IMC) est l’un des indicateurs les plus utilisés en santé publique. Il se calcule simplement en divisant le poids (en kg) de l’individu par sa taille au carré (en m²).
Il permet ainsi de classer une personne comme étant en insuffisance pondérale, de corpulence « normale », en surpoids ou obèse, selon des seuils établis par l’Organisation Mondiale de la Santé.
Mais dans un sport exigeant comme le triathlon, cet indicateur a-t-il réellement du sens ? Nous avons exploré les données disponibles sur les triathlètes enregistrés auprès de World Triathlon, pour voir ce que l’IMC peut (ou ne peut pas) nous apprendre.
Elle s'appuie sur l'ensemble des performances des triathlètes professionnel(le)s, enregistrées entre 2009 et 2024, sur les courses internationales suivantes : Championnats du monde, World Triathlon Championship Series (WTCS), Jeux du Commonwealth, Jeux Olympiques et Test Event.
→ L'étude complète est à retrouver sur ce lien.
Une base de données assez maigre
World Triathlon recense actuellement 3 560 athlètes licenciés, tous âges et nationalités confondus. Parmi eux, 504 athlètes ont renseigné à la fois leur taille et leur poids, permettant ainsi de calculer leur IMC.
Cela représente à peine 14 % de l’effectif total. Nous avons donc affaire à un échantillon réduit, comprenant des triathlètes juniors, élites et groupes d’âge.
Les âges vont de 15 à 53 ans, avec une moyenne à 27 ans.
Pourquoi l’IMC est peu pertinent pour les triathlètes ?
Premièrement, l’IMC ne fait pas de distinction entre la masse grasse et la masse musculaire. Or, les triathlètes de haut niveau présentent souvent un taux de masse grasse très bas, mais une masse musculaire développée, en particulier au niveau des jambes, du tronc et des épaules.
Comme, il ne mesure pas la composition corporelle, un(e) athlète très affûté(e) peut apparaître comme « en insuffisance pondérale » selon l’IMC. Dans d’autres sports comme le bodybuilding, c’est le cas inverse. Un athlète peut apparaitre « en surpoids » simplement à cause de sa densité musculaire.
Cela illustre bien la limite de cet indicateur lorsqu’il est appliqué à des sportifs.
Il ne reflète pas non plus la performance, car il n’est corrélé ni à l’endurance, ni à la puissance, ni à la VO2max, ni au rendement énergétique. Deux athlètes avec le même IMC peuvent donc avoir des profils physiologiques radicalement différents.
Spécifiquement au triathlon, les performances sont davantage influencées par des paramètres que l’IMC ignore totalement :
- Le rapport puissance/poids notamment à vélo
- La capacité à maintenir une intensité élevée sur de longues durées (durabilité)
- L’efficience technique, notamment en course à pied et en natation
- La capacité de gestion de la chaleur ou de la nutrition à l’effort
Des données incompatibles et parfois obsolètes
Seulement 1 athlète sur 7 a renseigné son poids et sa taille, ce qui limite fortement la fiabilité statistique des analyses.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette faible couverture :
- Données jugées trop personnelles, surtout chez les femmes
- Absence de mise à jour régulière par les athlètes
- Entrée initiale lors d’un enregistrement en catégorie junior, sans suivi dans le temps
Pour l’anecdote, sur le profil World Triathlon du champion olympique 2021 Kristian Blummenfelt, la ligne « poids » affiche : « None of your business. » Signe que cet indicateur importe peu, même à très haut niveau.
On constate aussi une variation du poids au fil de la saison, même chez les élites. Entre la période de préparation hivernale et le pic de forme, certains perdent plusieurs kilogrammes. Également, selon le format de course préparé, le poids est sujet à des variations.
Un chiffre isolé, non daté, n’a donc que peu de valeur.
Quelles alternatives à l'IMC ?
Même si les données sont imparfaites, on peut explorer quelques tendances générales :
- La majorité des triathlètes se situent dans une fourchette d’IMC allant de 19 à 23, ce qui reste dans la norme « bonne santé »
- Les athlètes les plus légers sont souvent des spécialistes courte distance ou très jeunes, tandis que les morphologies plus puissantes sont fréquentes chez les élites longue distance ou les ex-cyclistes reconvertis en triathlètes
- Les extrêmes existent aussi avec certains profils juniors qui sont proches de l’IMC « maigreur », tandis que d’autres athlètes présentent un IMC élevé, probablement lié à une forte masse musculaire.
Mais pour évaluer réellement la condition physique et la préparation d’un(e) triathlète, il serait préférable de disposer de données telles que :
- Le pourcentage de masse grasse, mesuré avec un impédancemètre ou un DEXA scan
- Le rapport masse musculaire / masse grasse
- Le tour de taille et le rapport taille/hanche
- Des marqueurs du niveau physiologique comme la puissance relative en watts/kg, les seuils lactiques, la VO2max…
Pour aller plus loin sur le sujet...
L’ensemble des données issues de l’étude nous ont permis de réaliser une série d’articles mensuels sur différents facteurs de performance sur les courses élites de triathlon.
Voici les sujets que nous avons abordés :
- Quelle proportion pour chaque discipline sur le temps total d’un triathlon ?
- Sexe et format de course : quel impact sur la vitesse de course en triathlon ?
- La combinaison néoprène, un réel avantage pour les triathlètes « mauvais » nageurs ?
- Évolution du niveau en triathlon : performances en hausse et densité accrue de triathlètes
- Quelle est la meilleure stratégie de course en triathlon ?
- Quel est l’impact des températures sur les performances en triathlon ?
- Quel est l’âge propice pour performer au plus haut niveau international ?
- Comment les triathlètes professionel(le)s organisent leur saison ?


