En triathlon, la stratégie de course joue un rôle crucial dans la quête de performance. Entre dynamique de groupe, gestion de l’intensité et pression mentale, les choix tactiques peuvent faire toute la différence entre un podium et une contre-performance.
Et dans les courses élites, ou la densité est de plus en plus importante au fil des saisons, une stratégie de course optimale est primordiale. Alors, quelle technique adopter ? S’échapper à vélo ? Patienter jusqu’en course à pied ? Tout miser sur un sprint final ?
C’est ce que nous allons analyser dans cet édito ⬇️
Elle s'appuie sur l'ensemble des performances des triathlètes professionnel(le)s, enregistrées entre 2009 et 2024, sur les courses internationales suivantes : Championnats du monde, World Triathlon Championship Series (WTCS), Jeux du Commonwealth, Jeux Olympiques et Test Event.
→ L'étude complète est à retrouver sur ce lien.
L'importance majeure d'être dans le groupe de tête à vélo
Tirer parti du drafting
Sur les courses internationales, le drafting est autorisé, ce qui implique la possibilité de rouler en peloton lors de la partie vélo. Sur un format sans drafting, l’effort cycliste est plus individuel. Le retard sur la partie natation sera donc moins pénalisant.
En revanche, sur une course olympique ou WTCS, les avantages à être dans le peloton de tête à vélo sont nombreux. En effet, avec un positionnement stratégique au milieu du pack, il est possible d’économiser beaucoup d’énergie. Rester dans les roues, c’est s’assurer d’arriver à T2 dans un état de fraicheur optimal.
Également, sortir de l’eau aux avant-postes permet de limiter la pression pour rattraper le retard. Cela engage donc moins de prise de risque sur le vélo. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le vainqueur de course se situe (presque) toujours dans le peloton de tête dès le début de la partie cycliste.
Combien d'athlètes dans le peloton de tête ?
Le premier graphique, ci-dessous, nous montre que le peloton de tête est souvent composé de moins de 10 athlètes à T2 (environ 40 % des courses). Il nous apprend également des données intéressantes sur le nombre de finishers des courses.
Il y a 4 à 5 finishers de plus en moyenne dans les courses masculines par rapport aux courses féminines. Aussi, on note 3 à 5 finishers de plus en moyenne sur un format sprint par rapport à un format olympique. Cela pourrait s’expliquer par la longueur du format olympique, où les athlètes les plus faibles risquent d’être rattrapés et éliminés en étant doublés.
Revenons sur la composition du groupe de tête à la fin de la partie vélo. On observe une tendance à un groupe plus important sur un format sprint. Les échappées réduites sont courantes dans les courses au format olympique grâce à une natation plus longue, entraînant des écarts plus importants à la première transition.
Et même si la section vélo est plus longue, offrant davantage de temps aux groupes de poursuivants pour revenir sur le peloton de tête, les sollicitations techniques et physiologiques favorisent les meilleurs cyclistes.
La course à pied plus décisive que jamais
La fin des échappées en solitaire à vélo ?
Ces dernières années, on observe tout de même de moins en moins d’échappées solitaires à vélo sur les courses internationales. Pour rappel, une échappée peut se former dès la partie natation avec un groupe qui va conserver son avance sur la partie vélo. On peut aussi voir des attaques sur le vélo, comme ont pu le faire Flora Duffy ou Alistair Brownlee il y a quelques années.
Mais ces deux faits de course sont de plus en plus rares, la faute à un niveau global en natation qui a explosé et qui ne permet plus de créer autant d’écarts qu’auparavant. Les qualités cyclistes des triathlètes se sont aussi grandement améliorées, tant sur le plan physiologique que technique.
C’est pourquoi il est de plus en plus difficile de s’échapper à vélo, même si les essais persistent. On a d’ailleurs pu le voir en 2024, sur les courses masculines des JO et de la finale WTCS. Les français ont tenté de créer une échappée pour permettre d’éliminer Alex Yee et Hayden Wilde après la partie natation, sans succès.
Et des retours gagnants en course à pied ?
Le constat est identique quand on regarde les scénarios de course : le vainqueur se trouve systématiquement dans le groupe de tête à la fin du vélo. Les retours lors de la course à pied étaient déjà extrêmement rares par le passé, il semble aujourd’hui inimaginable de revoir ce type de scénario.
Le graphique ci-dessous nous montre que, chez les femmes, aucun retour n’a été observé lors des courses féminines au format olympique et seulement quelques-uns au format sprint depuis 2016. On observe donc clairement un changement de tendance depuis l’ère de Gwen Jorgensen entre 2013 et 2016.
Également, la taille des groupes de tête avait diminué jusqu’en 2022, devenant même très réduite ces dernières années. Cela implique que désormais, les meilleures nageuses peuvent à la fois
performer sur le vélo et courir rapidement, que ce soit sur format sprint ou olympique.
Les courses masculines suivent une tendance similaire. La taille du pack de tête à T2 n’a jamais été aussi grande qu’en 2023 et 2024.
Chez les hommes comme chez les femmes, sur format sprint comme sur format olympique, tout se décide sur la partie course à pied !
Sprint final ou victoire en solitaire ?
Tout se joue en course à pied, oui… mais de quelle manière ? Sprint final sur le tapis d’arrivée ou large victoire en communiant avec le public ?
Entre les courses masculines et féminines, on observe une dynamique tout à fait différente, comme nous le montre le graphique ci-dessous. Chez les hommes, 17 % des formats sprints et 10 % des formats olympiques se terminent au sprint, c’est deux fois plus souvent que dans les courses féminines ou les victoires en solitaires sont plus fréquentes.
En ce qui concerne les écarts entre les deux premiers, ils sont finalement deux fois plus grands sur un format olympique que sur un format sprint. Ils sont également deux fois plus importants chez les femmes que chez les hommes.
Finalement, rares sont les arrivées disputées au sprint tant certain(e)s se démarquent en course à pied. Alex Yee et Hayden Wilde chez les hommes surclassent fréquemment la concurrence, tout comme Cassandre Beaugrand chez les femmes.
Heureusement, d’autres formats très courts comme ceux de la SuperTri permettent de nous tenir en haleine jusqu’au bout avec des finish mémorables.
Pour aller plus loin sur le sujet...
L’ensemble des données issues de l’étude nous ont permis de réaliser une série d’articles mensuels sur différents facteurs de performance sur les courses élites de triathlon.
Voici les sujets que nous avons abordés :
- Quelle proportion pour chaque discipline sur le temps total d’un triathlon ?
- Sexe et format de course : quel impact sur la vitesse de course en triathlon ?
- La combinaison néoprène, un réel avantage pour les triathlètes « mauvais » nageurs ?
- Évolution du niveau en triathlon : performances en hausse et densité accrue de triathlètes
- Quel est l’impact des températures sur les performances en triathlon ?
- Comment les triathlètes professionel(le)s organisent leur saison ?
- Quel est l’âge propice pour performer au plus haut niveau international ?
- L’indice de masse corporelle chez les triathlètes, un indicateur pertinent ?

