Comme 90% des triathlètes, la natation est votre point faible ? Vous devez sûrement être ravi de pouvoir enfiler votre combinaison néoprène avant chaque triathlon. Les avantages sont d’ailleurs nombreux puisque la combinaison néoprène permet l’amélioration de la flottabilité et de l’hydrodynamisme.
En plus de gagner en confiance, le port de la combinaison vous permettra donc de réduire vos efforts et de booster vos performances. La natation étant un sport très technique, les défauts gommés par le port de la combinaison permettent souvent aux moins bons nageurs de « limiter la casse » sur la partie natation.
Mais à l’échelle des professionnels, cette affirmation est-elle également valable ? C’est ce que nous allons aborder dans cet édito ⬇️
Elle s'appuie sur l'ensemble des performances des triathlètes professionnel(le)s, enregistrées entre 2009 et 2024, sur les courses internationales suivantes : Championnats du monde, World Triathlon Championship Series (WTCS), Jeux du Commonwealth, Jeux Olympiques et Test Event.
→ L'étude complète est à retrouver sur ce lien.
Un réel avantage pour les "mauvais" nageurs ?
Un écart pas si différent à la sortie de l'eau
À première vue, on pourrait penser que la combinaison néoprène permet à tout le monde de nager plus vite, ce qui implique un temps dans l’eau plus court. On aurait donc des écarts à la sortie de l’eau moins importante, ce qui avantagerait les moins bons nageurs.
Mais, lorsqu’on compare les écarts moyens entre les bons et « mauvais » nageurs, avec et sans combinaison néoprène, les variations sont très faibles. C’est ce que montre ce premier graphique.
Sur une épreuve sans combinaison, on pourrait également penser que le groupe de nageurs aurait tendance à être plus dispersé que lors d’une épreuve avec combinaison. Mais c’est l’inverse, la combinaison a tendance à allonger la longueur du groupe de nageurs, en particulier chez les femmes.
Intéressons-nous aux écarts chronométriques entre les bons et les « mauvais » nageurs. On constate que l’écart reste constant chez les hommes : 48 secondes avec et sans combinaison sur format olympique. Chez les femmes, avec l’étirement du pack, on peut même voir que l’écart passe de 55 secondes sans combinaison à 59 secondes avec.
Au niveau professionnel, la combinaison néoprène ne profiterait, d’après ces données, pas aux moins bons nageurs, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer.
Les meilleurs nageurs tirent mieux parti de la combinaison néoprène
Finalement, ce sont plutôt les meilleurs nageurs qui tirent des bénéfices de la combinaison néoprène. En effet, le temps de nage réduit pour chaque athlète. Mais les écarts ne diminuent pas significativement, car le bénéfice apporté par la combinaison varie selon le niveau des nageurs.
On note une amélioration générale du temps passé dans l’eau d’environ 5%. Mais en détail, on est plutôt autour de 5,4% pour les meilleurs nageurs contre 4,9% pour les moins bons. En d’autres termes, malgré la durée réduite de la partie natation, les écarts restent stables, car les meilleurs nageurs bénéficient davantage de la combinaison.
Attention, les moins bons nageurs tirent quand même profit de la combinaison. Sur format olympique sans combinaison, l’écart à la sortie de l’eau se situe autour de 50 secondes chez les hommes et de 45 secondes chez les femmes.
Les meilleures femmes et hommes nageant en moyenne en 19’30 et 17’57, une amélioration de 4,9 % pour les nageurs les plus lents grâce à la combinaison correspond à un gain final de :
- 4,9% x (19’30 + 0’50) = 60 secondes chez les femmes
- 4,9% x (17’57+ 0’45) = 55 secondes chez les hommes
En conclusion, avec le bénéfice de la combinaison, les nageurs les plus lents seraient 10 secondes plus rapides que les meilleurs nageurs sans combinaison.
Des bénéfices probants sur le temps passé à nager
Un chrono amélioré d'environ 5%
En triathlon, il a été observé que les femmes nagent en moyenne 8,8 % plus lentement que les hommes, avec le même équipement. Si on regarde des courses sur lesquelles les femmes portaient une combinaison néoprène, mais pas les hommes, on peut :
- Estimer, à partir du temps des hommes, le temps que les femmes auraient pu réaliser sans la combinaison, grâce à la règle des 8,8 %
- Comparer le temps des femmes avec la combinaison, avec le temps des femmes sans combinaison calculé
- Déduire l’avantage fourni par la combinaison pour les femmes
On devrait logiquement observer que le pourcentage d’amélioration devrait être identique pour les femmes et les hommes, en raison de la différence constante de 8,8 % avec le même équipement.
Même si seulement 5 courses répondent au scénario « femmes avec combinaison / hommes sans combinaison », on a une faible variabilité des résultats. Le graphique ci-dessous confirme que la combinaison néoprène offre un avantage d’environ 5 % aux triathlètes professionnels.
Les données issues de la littérature scientifique vont d’ailleurs en ce sens. Gay et al. (2019) ont montré une amélioration de ~6 % grâce à la combinaison sur un test de 2 x 400m (avec et sans combinaison) sur 33 nageurs en piscine de 25m. Une amélioration de l’efficacité de nage a aussi été montré avec une réduction du nombre de coups de bras et augmentation de leur longueur de 4 %.
Une seconde étude méta-analytique de Gay et al. (2022) présente les résultats de l’analyse de 26 études sur le sujet. Celles-ci montrent une amélioration de 3,2 % à 12,9 % sur des distances de 25 à 1500 m, avec des résultats qui dépendent du profil des nageurs, des conditions de nage et du type de combinaison.
Enfin, l’autrice Maria Francesca Piacentini, sur le scientifictriathlon, rapporte une amélioration de 6 % à 11 % avec la combinaison, mais surtout une diminution de la fatigue perçue. Les 5 % dérivés des données de World Triathlon semblent donc compatibles avec ces études.
Et sur un format ultra-court ?
Sur un format ultra-court, comme sur un relai mixte, on pourrait donc se poser la question de l’utilité de la combinaison néoprène. En effet, le temps gagné sur la partie natation est-il supérieur à celui perdu dans l’aire de transition pour enlever la combinaison ?
Lorsqu’ils ont le choix, les athlètes professionnels optent souvent pour une combinaison néoprène pour une nage d’environ 300 m, comme dans les relais mixtes. Sur cette distance, la combinaison néoprène devrait permettre de gagner environ 12 secondes.
En transition, les athlètes passent généralement moins de 6 secondes à retirer la combinaison et à la ranger correctement dans leur boîte. Cela peut prendre 4 à 5 secondes si tout se passe bien, mais jusqu’à 10 secondes si une jambe reste coincée par exemple.
Le gain global de porter une combinaison pour 300 m semble donc être positif. Mais surtout, la combinaison apporte un confort thermique, une économie d’énergie au niveau des jambes et la possibilité de profiter de quelques secondes de respiration en enlevant la combinaison lors de la T1.
En supposant 6 secondes pour enlever la combinaison, porter une combinaison devient donc avantageux pour une distance de nage supérieure à 150 m chez les athlètes de haut niveau. En dessous, le temps net serait perdu.
Mais on a pu constater quelque chose d’intéressant lors du SuperTri 2024 à Toulouse, qui va à contre-courant de ce qu’on a pu expliquer avant. 5/16 femmes et 5/16 hommes ont choisi de ne pas porter de combinaison pour les premiers 300 m, malgré le gain estimé précédemment.
Pour aller plus loin sur le sujet...
L’ensemble des données issues de l’étude nous ont permis de réaliser une série d’articles mensuels sur différents facteurs de performance sur les courses élites de triathlon.
Voici les sujets que nous avons abordés :
- Quelle proportion pour chaque discipline sur le temps total d’un triathlon ?
- Sexe et format de course : quel impact sur la vitesse de course en triathlon ?
- Quelle est la stratégie de course qui démontre le plus de réussite ?
- Évolution du niveau en triathlon : performances en hausse et densité accrue de triathlètes
- Quel est l’impact des températures sur les performances en triathlon ?
- Comment les triathlètes professionel(le)s organisent leur saison ?
- Quel est l’âge propice pour performer au plus haut niveau international ?
- L’indice de masse corporelle chez les triathlètes, un indicateur pertinent ?


