L’interview Compressport (1/2) : Sylvain Laur, le créateur

Depuis quelques années maintenant, impossible de ne pas croiser dans un parc à vélos un triathlète sans manchons ou chaussettes de compression sur ses mollets rasés ou épilés (ou pas !). Paris et Milan ont leur fashion week. Chaque Ironman a son défilé coloré d’adeptes des produits de compression qui déambulent avant, pendant et après l’épreuve.

Dans ce milieu, Compressport s’est fait un nom et est aujourd’hui devenu une véritable référence. Mais qui se cache derrière Compressport ? D’où vient sa réussite ? Quelle est son histoire ?…

Dans le cadre de la présentation de la gamme Compressport printemps/été 2019, nous avons pu échanger avec Sylvain Laur, le créateur et le ‘’boss’’ de la marque. En gros, le ‘’Steve Jobs’’ de la compression… Interview d’un passionné avec lequel il a fallu ‘’compresser’’ le temps, tellement il aurait pu nous en parler pendant des heures 😋


Opentri.fr : Sylvain, comment est né Compressport ?

Sylvain : Compressport vient tout d’abord d’une bande de passionnés – voire ‘’piqués’’ ! – et pratiquants de triathlon. A l’époque, avant 2008, je travaillais dans un laboratoire de cosmétique et diététique. Nous avions une gamme de chaussettes hautes de contention micro encapsulée, juste géniales. Mais nous les vendions très mal en pharmacie.

Alors quand nous avons découvert que Paula Radcliffe courait avec des chaussettes de ce type, nous avons également commencé, pour nous amuser, à courir avec nos produits. Et là… nous avons trouvé cela magique ! C’était une sensation tellement nouvelle, tant au niveau de la proprioception que de la tonicité. Il y avait juste un hic, au niveau du pied. Un coup de ciseau plus tard, la 1ère version du manchon de compression du mollet était née.

Les premiers retours que nous avons eu (amis, connaissances proches) ont tout de suite été addictifs. Du coup, en 2008, nous avons pris un stand sur l’Ironman de Nice pour y exposer le manchon R2 Compressport. En l’espace de 2 jours et demi, nous avons vendu plus de 400 paires ! Le lendemain de la course, nous avions un peu la crainte des feedbacks, mais les athlètes étaient emballés, ‘’comme des fous’’. Cela a été un véritable succès. Tout est donc parti de là, un peu comme une recette de cuisine. Un mélange d’ingrédients avec nos connaissances en cosmétique et diététique, un peu d’audace et… de la passion !

Compressport a donc soufflé ses 10 bougies en 2018. Quel regard portes-tu sur l’évolution de la marque et sur le marché de la compression ces 10 dernières années ?

Déjà, le mot ‘’compression’’ a été très à la mode, parfois utilisé n’importe comment, voire ‘’fashionisé’’, amenant l’athlète à acheter le mot ‘’compression’’ plus que le produit en lui même. Par exemple tu ne pourras pas courir un 100m avec un t-shirt de compression, tu vas “exploser”. La compression est avant tout très bien adaptée aux membres inférieurs et dans certains cas particuliers pour les bras.

Le marché a alors très vite explosé, ce qui a été un problème car on n’a pas su le gérer. Toutes les marques se sont mises à faire de la compression à profusion, mais nous faisons partie d’un ensemble de quelques petites marques qui ont continué à proposer des produits ciblés et adaptés. Ainsi, pour la récupération en cyclisme, nous équipons à présent 10 équipes du Tour de France.

Après une période de stagnation (que nous avons moins subie) le marché est reparti à la hausse ces 2 dernières années. Certaines grosses marques comme Nike ou Décathlon recommencent à proposer des produits de compression. Nous avons anticipé cette vague de retour en développant des finesses de fibre, en redéfinissant le confort, et en maitrisant des textures pour proposer des produits techno, légers et faciles à enfiler comme, par exemple, ceux de la gamme Oxygen.

La filiale française a été créée en février 2017 à Annecy. Quels sont les objectifs à court terme ?

Notre slogan est « Wherever you race, we support you »*. L’objectif est donc d’être présent partout dans le monde via nos produits. Ce qui a toujours été notre souhait en tant que passionnés de voyage. J’ai toujours eu comme philosophie de développer 1 produit dans 100 pays et non l’inverse. Ainsi nous avons un maximum de distributeurs qui sont nos yeux et nos oreilles dans chacun des pays.

Nous sommes donc assez bien distribués au niveau mondial, surtout en Suisse** et en France, mais tous nos produits ne le sont pas. La raison de la création de la filiale française était donc d’avoir un pays ‘’à nous’’ sur lequel nous pouvons tester, mettre des idées en place, nous tromper, donner plus de générosité en offre et être plus en lien direct avec le consommateur.

*”Où que vous courriez, nous vous supportons”.
**Entre 60 et 70% des coureurs en Suisse portent un produit Compressport.

« Notre approche est essentiellement basée sur l’utilisateur, son ressenti »

La concurrence se développe sans cesse (BV Sport, 2XU, Sigvaris, Skins, Kalenji…). Quelle est la part de marché de Compressport dans le monde et dans la France ?

En terme de concurrence, BV Sport reste notre concurrent principal, avec des produits très précis dans la compression, mais avec une approche très médicale. De notre côté, nous sommes beaucoup plus portés sur l’utilisateur et son ressenti pour le développement de nos produits. Nous sommes aussi plus ‘’petits’’ localement que BV Sport mais notre forte présence dans un grand nombre de pays fait que nous sommes leader mondial dans le marché de la compression avec environ 60% de part de marché. Et notamment à Hawaii, le temple du triathlon et de la compression…

Pour revenir à la France, pour nous oui, c’est le pays n°1. BV Sport est plus important que nous en chiffre d’affaire sur la partie compression, mais pas en présence sur les courses. Cela s’explique par la multitude de nationalités des coureurs qui participent, et par l’importance de nos partenariats comme Ironman, l’UTMB, l’Alpsman…

Comment expliquer le phénomène de mode qui semble sévir dans le trail running et le triathlon plus que dans d’autres sports ?

C’est à la fois notre force et notre faiblesse. J’emploie souvent le terme de ‘’techno-fashion’’. Il faut certes qu’un produit soit technique, mais avant tout qu’il soit mettable, surtout pour les athlètes s’identifiant à une communauté comme en triathlon ou trail running. Le phénomène de mode est donc inévitable.

En fait, la difficulté, c’est donc d’avoir un discours juste, éducatif voire créatif pour expliquer les avantages technologiques d’un produit. Et ainsi faire comprendre à l’athlète pourquoi il portera ce produit. Par exemple, nous travaillons essentiellement avec du seamless*, qui permet de customiser au millimètre près ce que nous souhaitons comme type de matériau sur un produit. Et ainsi d’avoir du support, des épaisseurs, des zones de protection ou encore de ventilation. Si nous n’expliquons pas cela aujourd’hui, dans 2 ans le seamless sera mort.

*Technique de fabrication de produits sans coutures.

Côtés athlètes, quelle est la stratégie de la marque en termes de sponsoring pro et ambassadeurs amateurs ?

Sans prétention, nous avons les été les premiers à systématiquement rémunérer les athlètes pro. Car un athlète pro est dédié 100% à son sport, c’est son métier. Pour nous c’était avant tout une question de respect. Donc nous accompagnons jusqu’au bout les athlètes pro et certains deviendront ‘’retraités’’ chez nous comme Fred Van Lierde ou Seb Chaigneau.

Encore une fois, nous axons vraiment notre approche sur l’utilisateur. Nous organisons donc tous les ans pour les amateurs des sélections pour devenir ambassadeur. Nous avons également une équipe d’une trentaine de testeurs dans la région du centre de R&D à Besançon, qui s’entraine entre 5 à 8 fois par semaine.

« C’est avant tout la proximité qui nous anime »

Pour finir, quels sont les principaux événements dont Compressport est partenaire ?

Ce qui nous anime, c’est avant tout la proximité. Ainsi sur les courses sur lesquelles nous sommes présents, nous sommes ouverts avant, pendant, après. Que ce soit en France, où dans tous les pays dans lesquels nous sommes. C’est devenu notre marque de fabrique. Nous attachons également une grande importance à la générosité. Par exemple, nous organisons des fiestas ‘’Thanks God, not racing !’’* la veille de la course comme à Hawaii ou à l’UTMB. Ces fiestas permettent d’inviter les athlètes et amis – qui ne courent pas le lendemain – pour partager un bon moment entre pratiquants et passionnés.

Les événements sportifs sont pour nous un élément clé. Nous allouons donc notre budget publicitaire essentiellement aux athlètes et aux courses plutôt qu’aux médias. Nous venons de résigner 3 ans avec Ironman au niveau monde sauf en Chine, nous sommes au Challenge Roth, à l’UTMB, à l’Alpsman…

*”Dieu merci, je ne cours pas !”


Passion, innovations, approche médicale mais avant tout humaine, valeurs saines et nobles… tout autant d’ingrédients qui font du cocktail Compressport une belle réussite et une vraie reconnaissance dans les communautés de triathlètes, trail runners ou encore cyclistes.

Nul doute que Compressport continuera à nous proposer dans le futur des produits de qualité, qui se rendront indispensables pour nous permettre de pratiquer avec plaisir, sans blessures, notre sport favori.

A ce sujet, c’est Arnaud Ménétrier, le directeur scientifique de Compressport, qui nous en dit en peu plus sur le développement des produits. Retrouvez très prochainement son interview sur notre site.

Crédits photos : @compressport / Paula Radcliffe.
Les propos de Sylvain Laur sont recueillis par Cédric L.

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