Il y a maintenant quelques jours, j’ai eu l’opportunité de pouvoir participer au T24 en solo de Bormes les Mimosas.. J’étais curieux de découvrir ce nouveau défi, qui a fait son apparition en France il y a maintenant 3 ans et qui se développe chaque année, en apportant des nouvelles courses et en bonifiant un concept déjà très abouti selon moi.
Le concept T24
Le T24, c’est un concept de triathlon de 24h créé par Charles Gallant.
Lors de ce concept, le principe est de réaliser le meilleur score possible, en cumulant des points sur chaque tour réalisé pendant :
- 4h de natation sur une boucle de 1km pour 15 points
- 12h de vélo sur une boucle de 17km pour 17 points
- 8h de course à pied sur une boucle de 4km pour 16 points.
Vous avez jusqu’à 4h pour prendre le départ de votre dernière boucle natation (16h pour le vélo et 24h pour le dernier tour de course à pied), ce qui aura pour effet de réduire votre temps disponible sur le sport suivant.
Depuis cette année 2023, vous avez la possibilité d’obtenir 10 points bonus, en réalisant le meilleur tour, ce qui permet aux athlètes de se départager s’ils n’ont pas réussi à le faire pendant les 24h…
4 formules d’inscription possibles avec les solos (les fous) par équipe de 2/4/6 personnes.
Cette possibilité permet de couvrir un large panel de possibilités d’inscription, pour laisser de la place à tout le monde suivant ses capacités et ses envies.
Au départ du T24, on retrouve :
- Chez les solos et duo : principalement des athlètes âgés (autour des 50 ans de moyenne d’âge) avec beaucoup d’expérience sur IM ou autres (Trail, Gravel, etc…). Je les mets ensemble, puisque pour les duos, on n’échange très peu avec son partenaire pendant 24h, et que c’est une porte d’entrée avant le solo. Pour pouvoir s’inscrire ici, il faut être en capacité de terminer un distance IM.
- Chez les 4 et 6, des athlètes plus jeunes qui viennent partager un moment ensemble sur la fin de saison et se tirer la bourre sur chaque discipline. Là, on se situe entre un format M à 70.3 en termes de préparation.
Le T24 propose 3 sites en France (Ile de Ré en juin, Le Touquet en septembre et Bormes les Mimosas en octobre) avec des sites exceptionnels et des parcours/conditions différentes sur chacun d’eux.
Mon expérience au T24
Étant coach en triathlon et en ultra trail, j’avais une idée des ingrédients pour réussir la recette T24 (ce qui n’a pas été le cas pour ma part, mais j’ai pu voir ceux qui avaient résolu le jeu et comment ils ont fait).
Pour ma part, sur longue distance, ma conviction c’est de résoudre une équation à 3 facteurs, tous dépendants les uns des autres :
- L’athlète avec ses capacités et son entraînement, ses aptitudes, ses points forts et faibles, sa psychologie et comment le faire avancer !
- La gestion du pacing, avec un plan en tête pour résoudre ce défi.
- La logistique et tout ce qui concerne la partie matérielle, alimentation, hydratation… Prévoir l’imprévisible et absolument tout tester, même ses bidons…
Côté entraînement et athlète
En termes de préparation pour le T24 Solo, je surfais un peu sur la vague de la préparation d’un IM fin août, avec une prépa autour des 20h/semaines sur les 8 semaines précédentes, que j’ai poussé à 13/14 semaines pour ce T24 (avec une récupération post IM).
Après, pour en avoir discuté avec d’autres participants, il y a vraiment tous les profils au départ, puisque chacun est libre de son effort et de sa gestion sur 24h.
Le vécu des gens est tout aussi important, tant les qualités psychologiques nécessaires pour affronter ça sont déterminantes. Ici, on sait que celui qui fera une performance sera celui qui aura la tête la plus solide, qui minimisera ses défaillances tout au long de l’aventure.
Mon objectif était de jouer devant pendant la natation et le vélo, puis de faire en fonction pour la course à pied (qui a été catastrophique toute l’année et sur laquelle je doute énormément)
Côté pacing et stratégie
Je pense que dans un premier temps, il est primordial de lire le guide athlète de fond en comble et plusieurs fois, pour comprendre de quoi il s’agit, de connaître les règles du jeu.
👉 C’est quoi le défi ?
Il faut gagner le maximum de points en réalisant des tours sur chacune des 3 disciplines dans un temps imparti. Pour moi et par rapport à mes caractéristiques et les règles du jeu, les résultats des éditions précédentes, etc…
👉 Cela m’a servi à définir mon plan :
S’investir en natation pour réaliser environ 12 boucles, et si possible être dans le temps pour faire une 13e boucle et prendre un peu d’avance à l’abord du vélo. J’avais aussi pour idée de faire le bonus natation au premier tour, pour m’offrir un peu de répit sur les ravitaillements et mettre la pression aux autres.
Vélo au capteur de puissance pour environ 300 km et 18/19/20 boucles, tout en sachant qu’il fallait investir le moins de temps/énergie sur cette discipline, puisque peu rémunératrice en point.
Faire la meilleure course à pied possible, là où tout se joue finalement…
👉 Analyse et repérage des parcours.
En tant qu’entraineur, je conseille toujours de faire un repérage des parcours pour en comprendre les subtilités, et de choisir son matériel et peaufiner ses choix.
Là, je n’avais pas eu le temps de la faire, et c’était une grave erreur.
Je comprends que ceux du groupe solo WhatsApp T24 qui ont fait la reconnaissance de nuit ont eu complètement raison tant cela change la perception du circuit, le choix de matériel, les tenues, etc…
Pour réussir sur un long, il faut mettre le curseur gestion de l’effort VS prise de risque au bon endroit.
Mon analyse est que pour :
Les solos de duos, on est sur le mode gestion complète de l’effort pour éviter l’éclat.
Les 4 et 6 mettent en place une stratégie différente pour mettre le plus possible en course, leurs meilleurs éléments de la discipline.
Celui qui réussit, c’est simplement celui qui a commis le moins d’erreurs 😉 !
Côté logistique
Pour moi, c’est un des facteurs clés de la réussite de ce T24.
Je l’ai compris bien avant la course avec la liste de matériel qui s’allongeait pour essayer de penser à tout… et en voyant la préparation des vieux briscards, avec leur box pour tout… 😅 !
Pour l’expérience solo, nous avons la possibilité d’avoir un assistant qui gère tout ça. Je dirai que c’est indispensable pour ceux qui visent le classement, car chaque minute durement gagnée sur le terrain, peut très vite être perdue en ravitaillement…
Je dirai aussi que le suivi de la performance par rapport aux autres, ou simplement le fait de pouvoir discuter permettra d’avoir un réconfort qui peut manquer dans les moments les plus sombres.
👉 Pour ceux qui prennent leur temps, la solidarité des autres participants/assistants/arbitres/organisateurs est largement suffisante pour vivre pleinement cette expérience.
Je pense qu’il faut prévoir un plan de nutrition, avec des tests à l’entraînement pour voir ce qui nous convient ! Pour ma part, les apports par la boisson et les gels m’ont suffi sur la première partie de course, mais le salé et le solide m’ont clairement manqué sur la durée ! Après les stands présents sur le site T24 proposent pas mal de choses pour se retaper 😎 !
Pour le matériel, j’ai longuement hésité entre le vélo de contre-la-montre et le route « montagne »…
Je pense que par rapport au parcours de Bormes pour les individuels, le vélo de route est le + adapté sur le long terme ! Il permet aussi d’avoir un effort + lisse dans le temps, en évitant de gaspiller de l’énergie pour grimper avec…). Pour les équipes, le vélo de contre la montre sera + rapide, sauf pour le segment bonus… 😉 !
Pour moi, sûrement l’endroit où j’ai péché le +, et qui a plombé la course.
C’est tout bête, mais j’avais acheté des bidons supplémentaires pour gagner du temps sur le ravitaillement. Finalement ce bidon est resté bloqué pendant 1 tour dans le porte-bidon, sans pouvoir boire ni remplir le bidon principal (45’ sans boisson iso)…
Bref, chaque détail compte et à une conséquence énorme, puisque je m’arrêterai 1h plus tard pour hypoglycémie…
👉 Must have en natation : Graisse à traire
Indispensable pour éviter les irritations en natation, j’ai été brûlé au seul endroit où je n’en avais pas mise, sur mes poignets à cause de la montre… (ça vous évitera les questions gênantes des collègues avec des traces de brûlure sur les poignets ^^ !)
👉 Must have à vélo : Frontale puissante, Stoots Kiska 2 (modèle 3 qui arrive bientôt)
Marque française artisanale, avec une fixation gopro sous le compteur GPS et avec un éclairage de 450 lumens pour 8h, La possibilité de prendre une batterie optionnelle et vous avez tout ce qu’il faut et vous pouvez rouler en toute sécurité (et en éblouissant ceux qui arrivent en face 😈 )
👉 Must have en course à pied : Chaussures carbones confortables, Hoka Carbon X 3
Pour ma part, sur ce genre d’effort de très longue distance et avec un état de fatigue important, la chaussure va grandement participer à la performance en guidant votre foulée. Ne prenez pas une chaussure trop typée compétition, car elle vous offrira moins de confort, chose primordiale sur ce genre d’événement.
Mon avis sur le T24 XTREM Triathlon
J'ai aimé 🥰
La liste sera très longue, on est à la cérémonie des Oscars ici…
- La performance n’est pas individuelle, mais collective dans un sport individuel (même pour les solos qui bénéficient de la possibilité d’avoir un assistant, j’ai toujours trouvé quelqu’un pour me dépanner : que ce soit les autres participants, organisateurs, assistants des autres participants, arbitres, beaucoup de bienveillance ici).
C’est surtout cet aspect qui est très différent et qui fait que le T24 propose une expérience triathlon qui se différencie des autres. - Un concept où il faut penser à gérer son temps et son effort pour être le plus régulier possible. Je n’ai eu à aucun moment l’impression d’affronter les autres, mais d’affronter une épreuve avec d’autres personnes, d’être dans la même “galère” que tout le monde.
Ce changement d’optique m’a permis d’aborder cette journée sereinement et sans aucune pression, chose qui ne m’était pas arrivée sur ce genre de format depuis des années (malgré la difficulté). Charles a aussi mis en place un groupe WhatsApp avec l’ensemble des participants solo du T24, ce qui permettait d’avoir un partage d’expérience des vieux briscards et des conseils pour tous les nouveaux… - Le fait que les 3 speakers soient là à divers endroits de la course, pour prendre des nouvelles des solos, partager leurs histoires et galères au public.
Cela permet de mieux comprendre l’aventure que chacun vit et donne un côté très immersif/participatif dans la course. - Un site hors norme d’organisation, avec un véritable village qui s’installe pendant 24h avec des tentes et divers stands.
On retrouve des gens qui ont la même passion, au sein d’un petit camping avec une vie sociale très riche. Pour moi qui avais vécu l’IM Vichy quelques semaines plus tôt, on se situe largement sur le même niveau de prestations que Ironman® (hors quantités/variétés sur les ravitaillements et nombre de bénévoles, mais cela ne m’a pas posé de soucis personnellement). - Un parcours natation dans une eau magnifique et avec un dessin offrant une technicité de vague/courant/orientation.
Un parcours à la fois accessible à tout le monde, mais aussi très difficile pour en comprendre toutes les petites subtilités (et pourtant je suis passé 13 fois dessus…) - Un parcours course à pied qui propose un peu de tout avec : une montée en chemin, des marches, des longues lignes droites en bitume sur le port, du sable, une descente et un pont…
Très varié en seulement 4km, et avec une partie avec du public, et une autre partie sans, ce qui permet d’avoir un peu de calme ! - Le fait d’avoir une partie en A/R sur le port permet également de jauger un peu les écarts au fil des tours avec les autres participants.
- Les arbitres qui interviennent avec pédagogie et bienveillance. Je n’ai pas vu de drafting pendant + de 12h de vélo sur une boucle de 17km avec + de 180 athlètes en simultanée, alors que sur IM Vichy (et beaucoup d’autres courses), ça roule en groupe avec 550 athlètes sur 90 km avec départ en rolling start… ?
(on lance le débat sur le drafting si cela vient des parcours ou de la mentalité des athlètes 🥲? ) - La bagarre de la dernière heure ! On sentait que tous ceux qui en avaient encore sous le capot ont tout donné jusqu’au bout pour aller arracher un dernier tour et les derniers points…
Mention spéciale aux filles pour le spectacle, ça bataillait sec et il y avait un gros niveau course à pied (et vélo aussi) ! - La Kebab League avec une équipe de 6 fous furieux sur toutes les disciplines ! Les records de distances des 3 épreuves et quasiment les 3 bonus, il y avait du Kebab partout, et ça on aime !
- Les bénévoles, organisateurs, kinés, arbitres, athlètes, etc… sur tous les parcours, avec qui on partage notre aventure et nos peines sur l’ensemble du voyage, pour les solos.
💙 Je le mets à la fin, mais c’est pour moi le point central de ce genre d’évènement
Quelques idées pour aller plus loin
- Mettre des points bonus pour les 3 à 5 premiers de chaque discipline, pour stimuler les athlètes à aller gratter des points, qui feront la différence sur le classement final (10pts pour le premier, 5 au deuxième, puis 3/2/1). Je trouve que la récompense pour le premier uniquement peut décourager un peu les autres.
Pour les solos, cela est souvent vite réglé entre les quelques-uns qui ont les capacités de le faire (par rapport au surcoût énergétique que cela représente) et ceux qui misent sur la régularité.
Pour les équipes, cela rajoute un challenge et permet de mettre en valeur les ovnis des différentes équipes (avec un podium spécial meilleur nageur/cycliste/coureur ?) - Un parcours vélo plus simple ? Comme les autres parcours, j’ai aimé la diversité de ce parcours avec des virages techniques, des belles montées et descentes, des grandes routes et d’autres plus petites…
J’ai trouvé parfois dangereux de croiser pas mal de vélos en montée/descente avec des lampes frontales qui nous éblouissent en descente. Bref, c’était la partie où il valait mieux être réveillé (avec le petit sanglier qui passe en pleine descente à 60km/h, ça rajoute du suspense) !
Je pense qu’une boucle de 16km avec une partie en A/R dans la ville et une partie dans un seul sens serait peut-être plus simple… (vu la topographie et les densités de population, il n’y a pas 50 solutions non plus) - Revoir la répartition des points, puisque si on joue le classement, le vélo ne permet pas de faire des différences significatives par rapport aux autres pour creuser l’écart.
T24 Xtrem Triathlon : une épreuve à faire ?
Pour conclure, je dirai que le T24, c’est faire du triathlon autrement, contre soi-même et avec les autres (et pas avec soi-même et contre les autres… Charles, tu ne me piques pas cette réplique 😇 ).
Le concept est à part, et n’entre pas en concurrence avec les nombreuses organisations de longue distance en France. C’est un autre segment, une autre philosophie et un projet unique et simplement différent.
J’y ai retrouvé un concept proche de ce que j’avais vécu au 24h du Mans vélo, mais avec une organisation humaine et professionnelle qui bichonne tous ses athlètes, avec un public de dingue !
Pour l’avoir vécu de l’intérieur, c’est quelque chose à faire au moins une fois dans sa vie, tellement l’expérience m’a marqué sur tous les points.
Peu importe le résultat et le projet initial, qu’il soit atteint ou non, j’ai surtout énormément appris sur moi-même.
Le T24, c’est un jeu de gestion de soi poussé à l’extrême, où celui qui l’emporte est celui qui a le mieux gérer son navire en évitant les avaries, les tempêtes et les mutineries… Pour arriver à bon port.
Vous pouvez également y revenir sur l’ensemble des 4 formules proposées, ce qui vous propose un projet différent. De plus, vous pouvez largement y prévoir un déplacement club de fin de saison, entre potes/collègues, ce qui permet de clôturer la saison de la meilleure des manières !


