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10e à la Coupe du Monde de Lanzarote, championne de France Espoirs, vice-championne de France Elite — et encore en master à l’université.
À 28 ans, Léa Coninx s’entraîne à Grenoble aux côtés de son frère Dorian et des meilleurs triathlètes français, tout en naviguant entre ambitions olympiques et reconversion professionnelle déjà pensée.
Découvrez l’interview d’une athlète lucide, solide, et diablement inspirante.
Grandir dans l’ombre (et la lumière) de Dorian Coninx
Impossible d’évoquer Léa sans parler de son grand frère, Dorian Coninx, un des plus beaux palmarès du triathlon français. La famille, le triathlon, la pression — tout est lié depuis le début.
« Ça a été un peu les deux », reconnaît-elle avec franchise. « On a une très bonne relation, et dans notre famille, il n’y a jamais eu de différence entre lui et moi. On a toujours été traités de la même façon. » Mais la comparaison, elle, était inévitable. « Des fois j’arrivais sur des courses, et on me parlait des résultats de mon frère avant de me parler des miens. Ça faisait un peu bizarre. »
Pour autant, Dorian a surtout représenté une source d’inspiration et un avantage concret : « C’est super intéressant d’avoir quelqu’un d’aussi proche qui peut me donner des conseils et m’aider à ne pas reproduire les erreurs qu’il a pu faire plus jeune. »
Depuis juin dernier, Léa s’entraîne d’ailleurs dans le même groupe que son frère au sein du Cercle Performance de Grenoble, sous l’œil de Julien Poussin et avec d’autres athlètes de très haut niveau. Un changement majeur dans sa carrière.
Le tournant : rejoindre le Cercle Performance
Pendant dix-huit ans, Léa a été encadrée par un seul et même entraîneur, issu du monde de la natation. Une relation forte, mais une structure peu professionnelle au sens collectif du terme. « J’étais la seule triathlète qu’il avait. Il me suivait énormément, mais je sentais que j’avais un peu plafonné. »
La décision de rejoindre le Cercle Performance en juin 2025 n’est pas anodine. « Je savais que si je voulais atteindre des résultats et une carrière encore plus professionnelle, il fallait que je m’entoure d’un environnement différent. »
Le bénéfice est immédiat et inattendu : ce n’est pas tant l’intensité des séances qui change, c’est le regard sur le quotidien d’athlète de haut niveau. « Être toute l’année autour de personnes qui font aussi des Coupes du Monde, ça permet de relativiser. On se rend compte que les questions qu’on se pose, on n’est pas seul à se les poser. Ça déstresse. »
Neuf ans d’études en parallèle du triathlon : comment elle a géré ?
Léa a fait une licence de biologie à l’Université Grenoble Alpes — en six ans au lieu de trois, grâce aux aménagements accordés aux sportifs de haut niveau. Puis un master en ingénierie de la santé — en trois ans au lieu d’un. Ce qui l’intéressait ? L’écotoxicologie, la biologie de l’environnement, l’effet des polluants.
Au total : neuf ans d’études étalés pour valider son master 1. Il lui reste encore un an — le master 2 — qu’elle a délibérément décidé de reporter. « Le M2 demande six mois de stage. Je savais que ça allait être trop compliqué à placer avec la saison de triathlon. Donc j’ai préféré finir ma carrière sportive d’abord, et valider mes études après. »
Une logique lucide et assumée : « Si je faisais le M2 maintenant, ça aurait été faire mes études à moitié et le triathlon à moitié. Je ne trouvais pas ça très pertinent.
Financièrement, elle s’en sort grâce à un contrat militaire (elle fait partie d’un régiment de transmissions de l’armée) et des partenaires privés « Ce n’est pas énorme par rapport à ce que certains imaginent pour un sportif professionnel, mais ça me permet de m’entraîner correctement, de payer mes stages et mes déplacements. Et une saison de triathlon, ça coûte très cher quand on met tout bout à bout. »
Lanzarote 2026 : une rentrée encourageante
La Coupe du Monde de Lanzarote, première course de la saison 2026, lui a laissé un bilan en demi-teinte — mais globalement satisfaisant. Sortie de l’eau proche du groupe de tête, elle a subi le départ du peloton sur une bosse très venteuse en début de vélo. « C’était un parcours avec une grosse bosse et surtout beaucoup de vent de côté. On n’en voit pas souvent sur les courses de triathlon. »
Malgré une sortie du groupe de tête sur le vélo, elle a réalisé le 5e temps de course à pied, terminant 10e — sa meilleure place au ranking mondial à ce jour. « Il y a du bon et du moins bon, mais dans l’ensemble, des choses à valider. »
Le triathlon féminin de haut niveau évolue vite, et elle l’observe avec attention. « Il y a de plus en plus de densité chez les femmes. Les courses féminines commencent à être aussi intéressantes à regarder que les courses masculines. »
Les blessures : un passage obligé qui apprend à se connaître
Fracture de fatigue au tibia, déchirure du tendon d’Achille, déchirure des ischio-jambiers — Léa a traversé à peu près tout ce qu’un triathlète peut vivre comme pépins physiques. Sa lecture de ces épisodes est remarquable de maturité.
« Je pense que les blessures, ça nous apprend à connaître notre corps. Petit à petit, on apprend quelles douleurs sont des alertes et quels signaux ne pas dépasser. C’est un peu un passage obligé avant de vraiment se connaître. »
Son conseil le plus clair : ne pas chercher à revenir trop vite. « Beaucoup d’athlètes veulent revenir le plus vite possible, et au final ils traînent des blessures pendant des années. En triathlon, on a la chance d’avoir des saisons longues — de mars à novembre. Même avec un mois de blessure, on a largement le temps de revenir et de courir d’autres courses. »
Elle souligne aussi un avantage inattendu : une blessure oblige à travailler ses points faibles. « Ce n’est pas toujours une mauvaise chose. »
Une semaine à 25-30 heures : la basse intensité comme colonne vertébrale
Concrètement, à quoi ressemble une semaine d’entraînement de Léa Coninx ? Entre 25 et 30 heures selon les périodes — jusqu’à 28-32h en stage.
Elle nage six fois par semaine (lundi au samedi), court six fois, et roule six fois. Avec une ou deux séances de musculation en parallèle. La structure reste similaire dans chaque discipline : une séance intense (seuil, VMA…), une séance mixte vélo-course à pied, et des footings ou sorties à basse intensité qui constituent la majorité du volume.
Ce qui a changé depuis son arrivée au Cercle Performance, c’est précisément ce rapport à l’intensité. Avec son ancien entraîneur, c’était l’inverse : essentiellement des hautes intensités, tout le temps à fond. « Le but, c’était d’avoir la meilleure moyenne possible et de finir le plus vite possible. »
Aujourd’hui, l’approche est différente. « Cette basse intensité me permet de faire la caisse l’hiver et surtout d’être plus régulière. Les séances sont peut-être un peu moins dures sur le coup, mais j’arrive à en enchaîner cinq ou six semaines de suite. Et à la fin, c’est aussi dur — et même plus intéressant, parce qu’on ne se blesse pas et on peut finir les blocs d’entraînement. »
Un écho direct à ce que Jérémy Quindos partageait dans notre épisode précédent : une belle prépa, ce n’est pas une séance spectaculaire, c’est un collier de perles régulières.
Préparation mentale : 7 ans de travail sur le stress et l’identité
Léa travaille avec une préparatrice mentale depuis sept ans — bien avant de rejoindre une structure professionnelle. Et elle en parle comme d’un pilier, pas d’un luxe.
« La préparation mentale m’a énormément aidée sur la gestion du stress avant les courses. Je perdais beaucoup d’énergie là-dedans, les jours précédant la compétition. Je n’arrivais pas à faire la différence entre un mauvais stress qui allait vraiment m’impacter, et un bon stress — parce qu’on a besoin d’un peu de stress pour avoir du punch au départ. »
Mais le travail est allé au-delà de la performance pure. « Elle m’a beaucoup aidée sur la partie ‘vie d’athlète’ — me rappeler que le sport était très important dans ma vie, mais que ce n’était pas toute ma vie. Il fallait que la femme athlète et la femme tout court soient au même niveau. Si je voulais durer dans le temps, les deux devaient coexister. »
Elle nuance aussi sur la méthode : « La visualisation, ce n’est pas forcément ce qui est le plus efficace chez moi. Mon frère fait de la préparation mentale aussi, et on travaille complètement différemment. Ce n’est pas parce que quelque chose marche pour quelqu’un que ça marchera pour l’autre. »
Et après ? L’ultra-trail, le M2, et peut-être les JO
Côté objectifs, Léa vise d’abord les Championnats d’Europe en juin 2026 — critères clairs : deux podiums en Coupe du Monde avec un indice de performance suffisant. Et si les performances suivent, une sélection en WTCS en fin de saison.
À plus long terme, elle se projette sur les JO — pas comme une certitude, mais comme une direction. « Comme tout sportif de haut niveau, les Jeux Olympiques, c’est l’épreuve que je rêve de gagner un jour. »
Ce qui ne l’attire pas, en revanche : l’IRONMAN®. « Me voir passer autant de temps sur le vélo, ça ne me donne vraiment pas envie. » Par contre, elle a un projet bien précis pour la fin de carrière : « Ce que je me suis toujours dit que je ferais, c’est un ultra-trail. Ça me fait vraiment envie, et j’y passerai forcément à un moment. »
Un master 2 à terminer, une carrière à poursuivre au moins jusqu’à 30 ans, et un ultra-trail quelque part à l’horizon. Léa Coninx n’est pas pressée — elle construit.


