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À 32 ans, Tom Richard s’impose comme l’un des triathlètes français les plus expérimentés du circuit international.
Membre de l’équipe de France de triathlon et intégré au projet olympique, le licencié de Poissy revient sur son parcours, son arrivée progressive au plus haut niveau, son expérience des WTCS et ses ambitions en vue des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.
Dans cette interview pour Opentri, il évoque sans détour son entraînement, sa vision de la performance, la gestion de la fatigue, la préparation mentale et les réalités du triathlon de haut niveau.
Peux-tu te présenter et revenir sur ton parcours en triathlon ?
« Je m’appelle Tom Richard, j’ai 32 ans et je pratique le triathlon depuis maintenant 16 ans. J’ai commencé au club de Poissy Triathlon, où j’ai évolué tout au long de ma carrière. Le triathlon représente aujourd’hui une très grande partie de ma vie.
En parallèle, je fais partie de la Police nationale, au sein de l’équipe sport. Je suis détaché à 100 % pour m’entraîner, performer et représenter l’institution en compétition. Cette structure me permet de vivre de mon sport et d’évoluer dans des conditions optimales pour le haut niveau. »
Tu as intégré le projet olympique Paris 2024 comme remplaçant. Comment as-tu vécu cette période ?
« Je fais partie de l’équipe de France depuis plusieurs années. J’avais déjà connu une première sélection en équipe de France espoir à 23 ans, puis j’ai intégré le projet olympique à partir de 2021.
Pour Paris 2024, j’étais remplaçant, mais je ne l’ai pas vécu comme un échec. Je suis arrivé assez tard dans l’olympiade et je savais que la concurrence était extrêmement élevée en France, avec des athlètes comme Dorian Coninx, Léo Bergère, Vincent Luis ou Pierre Le Corre.
Ils étaient clairement plus performants que moi sur cette période, et je ne me suis pas fait d’illusions. J’ai surtout vu cette expérience comme une opportunité d’apprentissage : comprendre comment se construit une préparation olympique, comment fonctionnent les leaders et comment s’organise un projet de très haut niveau. »
Quels sont tes objectifs dans le projet olympique Los Angeles 2028 ?
« L’objectif est clairement Los Angeles 2028. Mais je reste très lucide : rien n’est acquis. Certains athlètes plus âgés ont basculé sur longue distance, mais beaucoup de jeunes arrivent très fort. Avant 25 ans, chaque hiver peut permettre une progression énorme.
Le groupe évolue en permanence. Il y a des athlètes qui partent, d’autres qui arrivent, et la concurrence est permanente. De mon côté, je veux continuer à progresser, rester performant et montrer que je mérite ma place dans ce projet jusqu’en 2028. »
Quels sont tes objectifs sportifs pour la saison 2026 ?
« Mon objectif principal est de gagner en régularité. J’ai déjà réalisé de bonnes performances ponctuelles, mais je veux maintenant être capable de les répéter tout au long de la saison.
J’ai longtemps été performant en natation et correct à pied, mais le vélo me limitait. J’arrivais souvent à pied déjà entamé. Aujourd’hui, mon travail est clairement orienté vers la progression à vélo pour devenir un véritable acteur de la course.
Si je progresse sur ce point, je pourrai réaliser des courses plus complètes et plus régulières, ce qui est indispensable pour viser une place parmi les meilleurs Français. »
Pourquoi l’équipe de France est-elle indispensable pour évoluer au plus haut niveau ?
« En triathlon courte distance, si tu veux accéder aux WTCS, tu dois quasiment obligatoirement passer par l’équipe de France. Sans cela, tu peux faire des Grands Prix, des Coupes d’Europe ou des Coupes du monde, mais pas le circuit mondial élite.
Je me suis toujours dit que je voulais au moins toucher ce niveau-là. Voir ce que c’était, mesurer mon niveau. Sans cette expérience, j’aurais eu l’impression de ne pas être allé au bout de ma carrière sportive. »
Quelles sont les principales différences entre les WTCS et les autres circuits internationaux ?
« La plus grosse différence, c’est le vélo. En WTCS, il n’y a aucun temps mort. Tout est à fond du début à la fin, avec des relances permanentes et un niveau technique très élevé.
Sur les circuits inférieurs, il est parfois possible de récupérer ou de se replacer. En WTCS, la moindre faiblesse se paie immédiatement. Pendant deux heures, il faut être fort partout, sans aucune défaillance. »
Avec l’expérience, as-tu amélioré ta lecture de course ?
« Oui, clairement. L’expérience permet de mieux analyser ses performances. Aujourd’hui, je cherche à comprendre pourquoi une course n’a pas fonctionné : est-ce un problème de forme, de récupération, de technique ou de puissance ?
Avant, j’avais tendance à penser que je ne m’entraînais jamais assez. Maintenant, je sais que ce sont parfois des détails précis qui font la différence, notamment à vélo. Cette analyse me permet de mieux orienter mon entraînement. »
Comment s’organise ton entraînement au quotidien ?
« Depuis six mois, je m’entraîne au pôle fédéral sous la direction de Michaël Ayassami. Il planifie l’ensemble de mon entraînement sur les trois disciplines ainsi que la musculation.
Le groupe est composé en majorité de jeunes athlètes, avec des contenus très individualisés. J’ai connu différents environnements auparavant, et aujourd’hui je sais mieux ce qui me convient. La personnalisation de l’entraînement est devenue essentielle pour moi. »
À quoi ressemble une semaine type d’entraînement pour un triathlète de haut niveau ?
« Il n’y a pas vraiment de semaine type, mais en moyenne je réalise six séances de natation, six de vélo, six de course à pied et deux séances de musculation.
Cela représente environ 25 à 30 km de natation, 350 à 400 km de vélo, 70 à 80 km de course à pied, pour un volume total de 25 à 30 heures par semaine en hiver. La récupération fait pleinement partie du travail. »
Quelle importance accordes-tu à la récupération et aux outils de suivi ?
« J’ai utilisé des outils comme la variabilité de la fréquence cardiaque par le passé. Aujourd’hui, je me connais mieux et je fais davantage confiance à mes sensations, tout en échangeant beaucoup avec mon entraîneur.
Je reste ouvert aux outils, notamment pour le sommeil, mais l’essentiel reste le dialogue avec le coach et la capacité à exprimer clairement son ressenti. »
Comment ta manière de t’entraîner a-t-elle évolué avec l’âge ?
« Avant, j’étais très rigide. Si une séance devait durer deux heures, je la faisais coûte que coûte. Aujourd’hui, j’ai compris que réduire ou sauter une séance peut parfois être bénéfique.
J’ai appris à lever le pied, à anticiper la fatigue et à préserver la continuité de l’entraînement. C’est un changement majeur par rapport à mes débuts. »
Le triathlon longue distance fait-il partie de tes projets futurs ?
« Oui, clairement. J’ai toujours été attiré par la longue distance et je pense avoir des qualités aérobies adaptées. Mais aujourd’hui, je suis pleinement engagé dans le projet olympique Los Angeles 2028.
Si, à terme, je sors de ce projet, le long deviendra une option très sérieuse. C’est un projet que j’aimerais explorer avant la fin de ma carrière. »
À quoi ressemblerait une saison 2026 idéale pour toi ?
« L’objectif serait de me qualifier pour une finale WTCS via un top 6 sur une course majeure, puis d’enchaîner plusieurs top 10 et de viser une place dans le top 10 mondial en fin de saison.
Cela me permettrait de rester solidement ancré dans le projet olympique et de continuer à avancer vers Los Angeles 2028. »


