Léo Bergère : cap sur Tokyo 2020 !

A 24 ans, Léo Bergère est le plus jeune membre de l’Equipe de France de triathlon masculine, mais pas le moins ambitieux pour autant. Il fait partie de ces athlètes qu’on suit chez Opentri.fr depuis plusieurs années et dont on observe avec plaisir la montée en puissance en club et sous les couleurs tricolores.

Nous avons eu la chance de passer un moment avec lui pour échanger sur l’année olympique qui s’ouvre. Objectifs, motivations, matériel & anecdotes, plongée avec un athlète dont le potentiel n’a d’égal que l’envie de réussir. C’est parti… en roue arrière forcément !


Opentri.fr : Bonjour Léo, on est très heureux de te recevoir sur Opentri.fr. Pour commencer : quel est ton état d’esprit à l’aube de cette année olympique ?

Léo Bergère : J’ai vraiment hâte d’arriver sur les premières courses de la saison, parce que j’ai l’impression que ma progression suit son cours depuis plusieurs années. Je sens que je suis en train de passer des petits caps cet hiver, qui se traduisent par des progressions au quotidien. J’ai hâte d’arriver sur les premières courses pour voir comment cela se transforme en compétition.

Je suis dans un état d’esprit hyper positif, je veux aller chercher le petit truc en plus par rapport à l’année dernière. Mais sans me dire que c’est l’année couperet : c’est une année avec une opportunité à saisir, à moi de le faire.

Opentri.fr : Comment aborder cette saison avec un double objectif : celui de se qualifier pour les Jeux Olympiques puis celui de performer lors de cette course ? Comment gère-t-on sa planification dans une année aussi spécifique ?

Je pense qu’il ne faut pas faire l’erreur de mettre toutes ses balles dans la fin du cycle de qualification olympique. C’est un 1er objectif de se qualifier aux JO mais ce n’est pas une fin en soi. Ce serait un mauvais choix de tout miser sur la sélection, au risque de vite s’apercevoir qu’on est au bout du rouleau lors de la course des Jeux et de rater ses objectifs.

Il faudra se faire confiance sur la première partie de saison, répondre présent dès les premières échéances, mais ne pas y laisser toutes ses forces et de monter petit à petit en puissance jusqu’à l’objectif du Japon.

Concernant Tokyo justement, on imagine que faire partie des titulaires pour le relai mixte représente une motivation supplémentaire, surtout que les chances de médaille sont peut-être encore plus fortes qu’en individuel. Tu y penses dès maintenant ou ce ne sera que la suite logique de ta course en individuel ?

C’est un double objectif que je me suis fixé : être dans la sélection olympique et faire partie du relai. On sait qu’on a une grosse équipe et une chance de monter sur le podium. Ça ne veut pas dire que ce sera facile, mais on a tous conscience de notre potentiel et on aimerait tous apporter notre pierre à l’édifice.

L’Equipe de France, c’est une bande de potes !

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Vu de l’extérieur, le groupe France semble soudé mais on sait aussi que pour les Jeux de Tokyo, il n’y aura que 3 places pour 5 athlètes chez les Hommes*. Comment gère-t-on cette “compétition” interne tout en conservant l’esprit d’équipe, notamment pour les épreuves mixtes ?

Léo Bergère : Ça fait plusieurs années qu’on se côtoie et on est tous conscients qu’on ne doit pas se tirer dans les pattes lors des sélections. On y serait tous perdants à la fin. Ça se fait donc assez naturellement. Je m’entraîne tous les jours avec Dorian**, on se croise souvent en stage avec Vincent et c’est toujours dans une bonne ambiance. J’aimerais vraiment que ça le reste car l’atmosphère saine profite à tout le monde.

Quand on se retrouve, par exemple lors du regroupement de fin de saison à l’INSEP, on a l’impression d’une bande de potes. Ce qui est aussi plus facile lorsque la saison est finie et que la pression retombe.

*NDLR : Vincent Luis est en position de “sélectionnable” suite à ses performances 2019 et bénéficiera donc de critères plus souples pour valider sa sélection en équipe de France. Avec lui, Léo, Dorian Coninx, Pierre Le Corre et Simon Viain se disputent 3 tickets pour participer aux JO.
**NDLR : Léo et Dorian Coninx font partie du même groupe d’entraînement à Grenoble.

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Lors du Test-event de Tokyo en août 2019 dernière, dans une météo étouffante de chaleur et d’humidité, tu dis avoir “subi la course”*. Avec du recul, tu dirais que c’est dû à une natation ratée ou également à une acclimatation compliquée ?

Je vois plusieurs facteurs d’explication a posteriori pour cette contre performance : D’abord, la saison a été longue. C’est ma première saison entière de championnats du monde WTS (NDLR : 6 étapes) et c’est mon seul creux dans la saison à Tokyo. Je regrette d’avoir eu cette baisse de forme à ce moment-là car il aurait été intéressant de valider une bonne performance sur le Test-event.

Ensuite, on a beaucoup de boulot pour mieux travailler l’acclimatation aux conditions particulières. Il ne sera pas très compliqué de faire mieux cette année. Enfin, il est clair que j’ai raté ma natation, j’ai donc dû faire un très gros effort au début du vélo. Mais dans ces conditions de chaleur, ma température corporelle est montée en flèche et je n’en suis jamais redescendu.

Ce sont de petites explications derrière lesquelles je ne veux pas me cacher, j’ai vraiment fait une course de m*rde. J’ai passé le temps de l’analyse et désormais on est dans l’action pour tout mettre en oeuvre pour que ça se passe mieux cette année.

*NDLR : Léo avait terminé 44ème.

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Sur ce parcours olympique qui ne semble pas présenter de difficulté particulière (contrairement au parcours vélo très accidenté de Rio 2016 par exemple), quels seront les points clés qui feront la différence ?

On ne s’en rend pas forcément compte vu de l’extérieur mais le parcours comprend beaucoup de virages, ça monte et descend en permanence. Il faudra donc avant tout rester concentré et surtout bien placé en cas de gros groupe. A cause des très nombreuses relances, le risque est de faire l’élastique et d’y laisser des forces en étant mal positionné. Il faudra rester concentré et attentif tout en restant bien placé.

Si on revient un peu plus loin dans ton histoire avec le triathlon : comment es-tu arrivé dans ce sport, pourquoi et quand s’est fait ton passage au haut niveau ?

Mon environnement familial m’a toujours destiné au sport en extérieur. C’est un goût de la nature qui m’a été transmis par mes parents. En triathlon, mes premières compétitions & mes premiers stages ont été un régal, quand tu te retrouves dans la montagne à vélo ou dans la forêt à pied. Je me souviens de mon 1er stage à Font-Romeu, un régal dans des superbes paysages.

Le moment où j’ai fait du triathlon à haut niveau ma priorité, c’est lorsque je suis entré au Pôle Espoirs de Boulouris – Saint-Raphaël. Tu as des horaires aménagés et des infrastructures sportives, tout est fait pour progresser. C’est à ce moment que j’ai fait “all-in” sur le triathlon.

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Comment juges-tu ton évolution sportive ces dernières années ? De l’extérieur, on a observé de grands progrès en natation, qui te permettent – combinés à tes qualités à vélo – de poser le vélo dans le bon groupe. Et pour aller plus loin, qu’est-ce que tu penses devoir encore travailler ?

J’ai fait 2 grandes modifications ces derniers mois : j’ai commencé à collaborer avec une nutritionniste pour résoudre un souci d’assimilation des nutriments. J’ai l’impression de redécouvrir ce qu’est d’avoir de l’énergie longtemps. Jusqu’à l’année dernière, après 5 heures de vélo, j’avais beau avoir mangé en continu, je terminais vidé. J’avais donc besoin d’un régime particulier et plus adapté, ce qui m’a fait vraiment du bien.

Ensuite, j’ai fait quelques modifications sur ma position vélo, qui m’ont permis de passer un petit pallier supplémentaire dans cette discipline. Plus largement, à l’entraînement, il faut que je continue à bien bosser en natation. Il m’arrive encore parfois de passer à côté et de ne pas attraper le premier groupe. Il ne faut plus que ça arrive.

J’aimerais aussi retrouver l’état d’esprit qui me caractérisait il y a quelques années à vélo : être un peu plus joueur et ne pas hésiter à attaquer, à se projeter vers l’avant. Si je dois faire une critique, je trouve que j’ai été plus passif ces 2 dernières années, au contraire de ma première année de WTS où je faisais plus preuve de folie, ce qui me réussissait plutôt bien.

Pour finir, bien sûr progresser à pied. J’y travaille notamment avec des séances plus longues et plus musculaires pour me “renforcer les cannes” et mieux tenir la distance.

Pour réussir, il faut être impliqué tous les jours pendant 10 à 15 ans.

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Et au-delà du travail à l’entraînement, qu’est-ce qui fait que tu arrives aujourd’hui à un tel niveau de performances ? Quelles sont tes valeurs/qualités humaines qui font la différence ?

C’est difficile de répondre… je crois qu’il faut un investissement à 200% dans son projet. Et de la rigueur : il ne faut pas attendre des résultats immédiats. Certains athlètes ont des résultats tout de suite parce qu’ils sont hyper talentueux mais ce sont des exceptions.

C’est sur une dizaine d’années qu’il faut s’impliquer et être sérieux : se coucher tôt, bien manger, être concentré à l’entraînement. Et c’est ce qui est compliqué : la performance se construit pendant 10 à 15 ans, dès la catégorie cadets où il faut être impliqué tous les jours.

Il ne faut pas se projeter trop loin car tu as l’impression que c’est beaucoup trop long et que tu n’y arriveras pas. Mais si tu restes concentré sur ce que tu veux faire au quotidien et chaque petite action qui te permet de progresser chaque jour, tu fais ton chemin petit à petit et tu avances.

Frodeno en est un excellent exemple, capable de remporter les JO en 2008 sur format court et d’être triple champion du monde IRONMAN® 10 ans plus tard…

Exactement, je crois qu’il faut savoir être patient. Parfois, les progrès arrivent rapidement et à d’autres moments, tu dois persévérer pour que ça paye plus tard.

Parle-nous un peu équipement : tu es plutôt un aficionados du matos, qui en maîtrise toutes les subtilités, ou tu regardes ça de loin et le considère comme un instrument de travail avant tout ?

J’adore le matos et le beau matos ! Quand j’étais plus jeune, en minimes ou cadets, je passais mes journées à regarder tous les vélos qui se vendaient sur internet et à lire les magazines sur le matériel. C’est vraiment un sujet qui me passionne et auquel j’accorde beaucoup d’importance.

Tu bénéficies actuellement du soutien de sponsors de renom côté matériel : tu as signé récemment avec Asics pour la course à pied, on connaît bien ton vélo en titane Léon ainsi que ta combinaison Mako. Tu considères que le matériel permet des gains marginaux à ne pas négliger au plus haut niveau ?

Clairement, c’est un avantage. Je dirais qu’il faut avant tout avoir du matériel qui te corresponde. Une chaussure adaptée à ta foulée en course à pied, un vélo et une position adaptés à ton gabarit et tes objectifs avant tout. Si l’on compare les produits haut de gamme, la marque importe peu par rapport au fait d’avoir du matériel adapté.

On ne peut pas prendre le départ d’une compétition sans être certain que son matériel soit au top.

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Si tu devais mettre en avant 2 ou 3 de tes équipements préférés, tu nous présenterais lesquels ?

Mon vélo d’abord : j’ai fait le choix de rouler sur un vélo titane pour plusieurs raisons. D’abord, la géométrie est vraiment conçue pour mon gabarit et les parcours de WTS sur lesquels je cours. Le cadre est fait sur-mesure en se basant sur mon étude posturale. C’est assez rare, peu de marques de vélo le propose et c’est un gros avantage.

Plus généralement, tout le matériel que j’utilise, en natation comme en course à pied*, me correspond parfaitement. S’il ne me convenait pas, j’aurais changé de partenaire. Je pars du principe qu’on ne peut pas prendre le départ d’une compétition si l’on n’est pas certain que son matériel soit au top.

*NDLR : Léo a signé récemment chez Asics et court avec le modèle Tartherzeal 6 en compétition.

Mon conseil #1 : être patient !

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Enfin, quel est le conseil #1 que tu donnerais nos lecteurs pour devenir un(e) meilleur(e) triathlète ?

Il faut être patient. Quel que soit son passé sportif, on a beaucoup plus à apprendre en triathlon qu’en se lançant dans une seule discipline. A tout niveau, les progrès arrivent lentement : soyez patients et impliqués au quotidien.

L’interview décalée

  • Ta plus grande satisfaction sportive ? Ma 1ère WTS à Abu Dhabi où je suis parti en échappée avec tous les gars que j’admirais, une belle entrée sur le circuit.
  • Ton plus grand regret ? De ne pas pouvoir faire davantage de LD pour le moment. Ça me fait vraiment envie pour la suite.
  • Ton plus grand rêve de sportif ? Dominer mon sport sur plusieurs années.
  • La séance que tu aimes le plus ? Les sorties vélos avec de longs changements de rythme où l’intensité ne redescend pas et où l’on finit avec les jambes cramées.
  • Celle que tu détestes le plus ? Lorsque l’eau de la piscine est trop froide !
  • Ton film culte ? Le grand bleu
  • Ta musique culte ? Un grand mix, du rap au reggae.
  • Ton astuce matos ? Changer la fermeture classique de votre casque de vélo par une fermeture aimantée pour gagner quelques secondes à la transition !
  • Ta devise ou ta citation préférée ? “Chi va piano, va sano e va lontano” (“Qui va lentement va sûrement, et qui va sûrement va loin”)

Léo Bergère : fiche d’identité & palmarès

  • Français
  • 24 ans (1996) – 1m76 – 65kg
  • Club : St Jean de Monts Vendée Triathlon
  • Débuts en triathlon (ITU) : 2011
  • Palmarès :
    • Champion du monde de relai mixte 2019
    • Champion d’Europe de relai mixte 2019
    • 8ème du championnat du monde WTS 2019
    • Champion du monde de relai mixte U23 2018
    • Vice-Champion de France de triathlon Junior 2014 et 2015

Etre patient et impliqué, c’est justement l’un des 50 conseils que tu trouveras dans notre guide spécial Saison 2020, à télécharger gratuitement ci-dessous ! 👇

Crédits photos : ITU Media – Wagner Araujo, page personnelle FB Léo Bergère

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